18 Octobre 2023 : L'automne est bizarre cette année. Hier, il faisait très chaud avec une température de presque 30°C sur Lyon. Et aujourd’hui, il pleut à n’en plus finir et certaines villes sont inondées dans la région. Je ne comprends pas comment cela est possible, sûrement le changement climatique comme aime l'expliquer le gouvernement français. Un terme utilisé à tort et à travers pour expliquer toutes les anomalies, mais j’ai l'impression que c’est juste une façon de cacher notre inactivité face à la situation. Ma foi, si personne ne bouge, ce n’est pas mon problème. Enfin si, je n’aimerais pas laisser une terre pourrie à mes enfants, mais bon, que puis-je faire à mon échelle ?
« Bip bip bip », le son de la machine à café me sort de mes pensées négatives. De toute façon, tant que les gouvernements mondiaux ne s’activent pas, on est mal. Je continue à me préparer pour aller travailler quand j’entends frapper à ma porte. Le facteur me tend une lettre assez épaisse. L’emballage est bizarre, l’enveloppe n’est pas marron comme d’habitude mais rouge ocre, avec l'inscription « urgent » écrite dessus. Ce n’est pas un emballage habituel que j’achète à la poste. À l’arrière, il n’y a pas d’adresse de retour mais l’inscription « provient de l'an 2070 ». Encore une blague pourrie de mon petit cousin ça.
Malgré mon retard matinal, ma curiosité prend le dessus et j’ouvre l'enveloppe. Une lettre épaisse s’y trouve, 3 ou 4 pages sur un papier usé. Mon premier réflexe est de regarder la signature « Bernabé OPAN, ton petit-fils ». MON PETIT QUOI ? C’est quoi encore cette blague ? Je retourne la lettre et commence à comprendre. Cette lettre provient du futur, une capsule temporelle envoyée par une IA autorisée par les Nations Unies pour que notre époque réagisse. Un tampon officiel me fait prendre conscience de la réalité de la situation : cette lettre vient réellement du futur.
20 AVRIL 2070 : Léa, mYa chère grand-mère ,
N’ai pas peur et ne crois pas en une blague. Je suis Bernabé, ton petit-fils, tu ne me connais pas encore. Je t’écris depuis l'année 2070. Grâce à l’IA, nos gouvernements ont réussi à créer une capsule temporelle pour revenir dans le passé afin de faire passer un message d’alerte et espérer que ton époque réagisse. Oh ma chère grand-mère, je suis si-content de pouvoir t’écrire, tu t’es éteinte à l’âge de 50 ans quand j'en avais que 7 à la suite d’un pic de pollution trop important. Dorénavant, certaines villes obligent le port du masque ou même d’un masque à oxygène. Papy t'a suivi 3 mois après.
Oh ma chère grand-mère, si tu voyais notre monde, il faut que tu me croies.
Des villes comme Jakarta, Venise et l’ensemble des Pays-Bas ont disparu sous les mers, c’est également le cas de l’est du Vietnam que tu aimais tant. Toutes ces régions côtières ou en dessous du niveau de la mer ont été submergées suite à des inondations et des tsunamis. Nous avions beau essayer de dresser des digues et des barrages pour contrer la montée des eaux, les ouragans et les cyclones sont inarrêtables et tout finit par voler en éclats. Comme si les inondations n’étaient déjà pas assez suffisantes, il faut que la nature vienne finir le travail. Bien entendu, je ne te parle pas des îles isolées qui ont été les premières à disparaître il y a 5 ans maintenant, quand cette crise était encore méconnue. En contraste avec les villes côtières, celles dans le désert ont reçu le même sort avec des tempêtes de sable et le Sahara s’est étendu. Les fortes chaleurs en Afrique, en Europe et en Asie du Sud-Est sont comme une épée de Damoclès au-dessus de notre tête. Le système social a choisi la mortalité. Les riches ont la climatisation et les pauvres meurent. Les températures en été peuvent monter jusqu’à 55° et viennent tester nos capacités à survivre. Nous avons perdu notre chat l’été dernier, nous n’avons pas réussi assez baisser sa température corporelle.
En parlant des animaux, les écosystèmes ont tellement changé que les espèces n’ont pas pu s’adapter totalement et beaucoup ont disparu. Je ne parle pas seulement des ours blancs qui étaient déjà menacés a ton époque mais aussi des éléphants de Thaïlande, des perroquets du Brésil et des lions du Kenya. Au total, près d’un million d’espèces ont disparu. Les abeilles ? N’y compte plus, l’odeur et le goût du miel disparaissent peu à peu de mes souvenirs.
Pour ce qui est de la nourriture, des grandes sécheresses sont apparues et de nombreux fleuves n’ont plus aucune goutte d’eau. Les sols sont tellement secs qu’il n’est plus possible d’y faire pousser certaines cultures. Dans certains pays, l’agriculture devient impossible et la nourriture manque. La viande est devenue une denrée rare et la pêche est une activité dangereuse vu la force des océans. La famine et la misère vont devenues irréversibles. La sécheresse et la chaleur ont provoqué des millions de morts
La mortalité est également liée aux pandémies et au manque de ressources. L’accès aux médicaments et aux soins est contrôlé dans les villes qui tiennent encore et nous sommes classés par état d’urgence. Les hôpitaux tiennent encore debout, heureusement, tout n’est pas perdu. Les médecins et infirmiers font leur maximum pour sauver le plus de vies possible. Un service « Pollution » a récemment ouvert pour les personnes asphyxiées sous les nuages de pollution. Certaines villes asiatiques comme New-Delhi commencent à faire évacuer leur population et dans d’autres, une loi oblige au port du masque à oxygène pour sortir de chez soi.
Les gens ont peur, ils se déplacent vers les endroits les moins touchés. Mais les pays accueillants arrivent bientôt à leur capacité maximale d’accueil. Certaines routes ont été détruites par les cyclones et les tremblements de terre et il est difficile de se déplacer en voiture. J’ai mal au cœur en pensant à ces pauvres gens obligés de se déplacer ou ceux qui sont bloqués dans leurs villes. En effet, des ponts se sont écroulés, coupant les voies d’accès aux villes. Heureusement, les pays voisins font envoyer des denrées par avion et par drones. L’IA est à son prime en 2070, nous sommes reconnaissants que ta génération l’a inventée. Ces actions sont limitées mais permettent l’envoi rapide autour du monde de nourriture (en petites quantités) et de calculer certains risques. Cependant, tout ne peut être fiable. Par exemple, il a été préférable de fermer les centrales nucléaires et d'évacuer les zones dangereuses pour éviter des incidents comme Tchernobyl. Nos gouvernements ont évalué les zones à risque et en ont fermé certaines, déclenchant les premiers mouvements de population internes aux pays. La suite, tu la connais maintenant.
Les communications ne sont pas touchées et nous avons toujours accès à l’électricité. Nous faisons attention à sa consommation ainsi qu’à l’eau, mais notre famille continue à vivre « normalement ». L’école est toujours ouverte et les enfants y vont chaque jour à pied. Avec Hélène, nous nous efforçons de garder un rythme de vie normal pour les mettre à l’abri de tout cela. Nous avons l’espoir que l’IA trouve une solution pour vivre dans l’espace, nous enverrons les enfants en premier. Si j’avais pu, je les aurais mis dans la capsule avec cette lettre pour te les envoyer et les sauver de cette misère.
Tu sais, mamie, les gouvernements mondiaux ne s’entraident pas complètement. Cela contrarie les avancées de l’IA. Les populations fuient leurs pays et se réfugient là où elles le peuvent : les états, au lieu d’être solidaires, se tirent dessus pour savoir qui est responsable de l’état actuel de la planète et qui n’a rien fait auparavant. Des guerres sont proches d’éclater et des frontières sont de futures zones de combat.
Mamie, j’ai eu de la chance de pouvoir t’écrire. Je fais partie des services d’urgence de l’État français, il faut absolument que tu diffuses cette lettre autour de toi. Il faut que tu la montres à Paris. Les changements de comportement passeront forcément par des lois et les politiques doivent sortir maintenant de leur inaction.
De ton côté, il faut que tu aides les ingénieurs à construire mieux, plus solide, à prendre en compte les futures catastrophes naturelles. Écris des communiqués, ouvre des conférences, diffuse ton message à travers le monde. Je sais que tu vas trouver des solutions pour parler. En 2070, on se moque de l’esthétique, il faut que les infrastructures soient solides, que les digues puissent tenir plus longtemps et que les ponts ne s’écroulent pas aux premières secousses. Mamie, je crois en ta génération. Le combat pour le climat et l’humanité n’est pas perdu et la victoire ne pourra être que collective.
Je t’embrasse,
Tu me manques, je t’aime.
Barnabé Opan, ton petit-fils.
« Allô Francis ? Je prends ma fin de semaine, je dois partir à Paris. C’est une urgence. »
Je suis paniquée. Je n’y crois pas, mais je sais que je dois y aller. Si c’est vrai, nous devons agir immédiatement. Si c’est faux, nos efforts serviront toujours ; il faut bien sauver la planète, que ce soit pour 2070 ou 2160.