« Les écolos sont passés ! »

On en entendait parler dans toutes les rues ce matin-là. 5 mois après les évènements du 14 avril 2070, les élections affichaient un résultat plus que surprenant. Il semblait que la catastrophe du bassin Bordelais avait complètement retourné les esprits. En effet, pour rappel, la submersion de la ville et ses alentours suite à la tempête Guita avait déclenché l’expropriation de dizaine de milliers d’habitants vers le centre de la France. Certains d’entre eux étaient restés longtemps sans logement fixe résidant parfois chez des hôtes généreux, ou au sol des infrastructures mises à disposition par le gouvernement en place.

Les mentalités aussi ont déménagé à ce moment-là et la mienne c’est pareil.

Moi, qui avais grandi en prenant l’avion pour aller passer mes vacances d’hiver, je m’étais retrouvé à devoir pédaler des heures pour aller travailler. Les routes étaient désertes depuis l’instauration de quotas stricts sur les carburants, et tout le monde s’était habitué aux vélos, ou à ce nouveau moyen de transport autonome : le WindRail ! Ce sont des capsules autonomes suspendues à des rails aériens, installés à plusieurs mètres du sol. Chaque capsule est conçue pour transporter une petite dizaine de passagers, ou des marchandises légères. Ce sont mes enfants qui m’ont appris à m’en servir, c’est plus pratique que le vélo à mon âge. Au début, je râlais, comme tant d’autres, me disant que tout cela n’était qu’une mode passagère mais à chaque fois je me rappelais et je me rappelle ce choc, cette maudite tempête qui a tout balayé. Quand j’ai vu ma maison à moitié sous l’eau, les meubles emportés par les vagues, j’ai compris que plus rien ne serait comme avant. Et cela me suffit pour transformer ces nouvelles habitudes en conviction !

D’ailleurs, je n’étais pas la seule : nous étions des milliers à devoir nous réinventer. Cette catastrophe était notre chance de tout changer !

C’est pour ça que les discussions animées ont pris de l’ampleur dans le pays. Les jeunes, ceux qui avaient grandi avec le poids du réchauffement climatique sur les épaules, avaient fini par convaincre une bonne partie de la population que le modèle d’avant ne fonctionnait plus. Alors, petit à petit, les choses ont évolué : les lois sur la consommation, sur les énergies, et même sur notre manière de vivre ensemble…

Bien sûr, ce n’a pas été facile. Les plus âgés, mes parents, moi-même ou mes voisins, n'arrivons parfois pas à comprendre pourquoi nous devions abandonner le confort que nous avions connu. Aujourd’hui, pourtant, je nous vois, eux comme moi aussi, s’adapter. On n’a pas eu le choix. Les maisons flottantes sont devenues une réalité dans les zones côtières. Les technologies vertes, autrefois réservées à une minorité aisée, sont maintenant au cœur de notre quotidien. Et malgré le froid des hivers plus longs, malgré les restrictions, il y a une sensation étrange dans l’air : l’espoir. Comme si, pour la première fois depuis des décennies, nous étions sur la bonne voie.

Finalement, c’est ce qui compte, non ? Qu’on avance, qu’on s’accroche à cette petite lueur au bout du tunnel.