Dans le monde de 2070, une technologie de flotteurs puissants et autonomes en énergie a permis aux villes d'établir des pans de quartiers entiers flottants dans le ciel. Ceux-ci sont séparés physiquement du sol et se situent à une hauteur d'environ 200 à 300 mètres. La technologie s'est tant démocratisée qu'aujourd'hui près de 40 % de la population du XVIe arrondissement de Paris vit dans ce type de logement flottant.

Hector est jardinier et travaille à Paris dans un de ces nouveaux quartiers célestes. Il loge cependant sur le sol ferme dans un petit appartement. Bien sûr, il n'a pas les moyens de s'offrir une place dans un de ces quartiers volants, tant convoités. La vie en bas devient de plus en plus difficile. La journée, il fait nuit, les rayons du soleil ne parviennent plus chez lui, couverts par les maisons ailées. Des odeurs nauséabondes sont fréquemment présentes, car l'air en bas ne circule plus convenablement. La chaleur aussi est particulièrement désagréable et amplifiée ; le tout donne une ambiance étouffante et oppressante. La végétation souffre aussi : trouver un arbre avec une belle allure devient presque aussi rare que de contempler une étoile filante.

Un jour de semaine, alors qu'Hector jardine pour un riche médecin, un chien agité débarque et manque de mordre l'artisan. En tout cas, c'est ce qu'Hector a cru à ce moment-là. Il se rue et se réfugie alors dans la grande maison fortunée qui était ouverte.

Un homme, vraisemblablement âgé, couché sur le sol, geint.

« Prenez le fusil sous mon lit et tuez-moi ce chien ! »

Alors Hector s'active et, au moment d'exécuter l'ordre, le chien est déjà parti. Reconnaissant de l'aide reçue, l'éclopé gêné veut le remercier :

« Vous savez, mon cher, je suis fatigué, vieux et écœuré, j'ai tout l'or du monde, mais il ne me plaît plus. Je ne vois plus personne et plus personne ne me voit. Je n'ai jamais pris la peine de vous remercier pour le traitement de mes fleurs que vous chérissez, et aujourd'hui, vous me sauvez la vie. »

La nuit tombée, Hector rentre chez lui avec un sac tout plein d'or. La semaine suivante, c'est un autre sac qu'il tient. Chaque jour où il se rend chez le médecin, c'est un nouveau sac qu'il obtient. Le généreux fortuné se sent obligé. Fort de cette nouvelle richesse acquise, l'artisan se hâte naturellement vers l'achat d'une de ces maisons flottantes, non loin d'ailleurs du domicile de son donateur.

Cela fait maintenant cinq ans qu'Hector n'a plus mis un pied sur le lieu de son ancienne résidence. L'obscurité et la chaleur ne lui manquent pas, pourtant il ressent l'envie d'y retourner. Ici, en haut, entre les maisons bourgeoises et la prospérité, personne ne se parle, personne ne vit véritablement. Si tout pouvait laisser présager d'une vie parfaite en haut, c'est bien l'inverse qu'il voit.

Lassé, Hector saute du haut de l'île flottante, à plus de 200 mètres de haut. La chute est fatale.