Il était une fois un monde où la nature était le centre de toutes nos préoccupations. Son rôle, dans une course effrénée au progrès, avait finalement retrouvé sa place centrale, dont seuls les "éco-terroristes" se souciaient auparavant. Cette nouvelle dynamique avait conduit à l'établissement de la Romanastie, un régime totalitaire à la fois intransigeant et doux, veillant sur chaque feuille, chaque goutte d'eau et chaque être de la planète (même les moustiques).

La leader suprême, Romanodestructormaispastrop, gardienne bienveillante de l'écosystème de Romania avait imposé avec toute sa communauté une règle pour faire comprendre à la minorité s'enlisant dans des lourds bilans carbones, l'importance de la nature. Tout acte de destruction de la nature était suivi d’une obligation morale et physique de réparation. Mais ici, les sanctions n’étaient pas brutales ni violentes. On parlait plutôt d’un goularbre, où les coupables se retrouvaient à planter des forêts, purifier des rivières, ou encore construire des refuges pour les espèces menacées. Ainsi, ceux qui abîmaient la nature n’étaient pas punis, mais rééduqués à la protéger.

Dans ce monde, détruire un arbre équivalait à en replanter dix, et chaque goutte d’eau gaspillée devait être redonnée à la terre en tant que gouttes de sueur versées lors d'un travail assidu sous l'œil attentif de la Romanastie. Ainsi les pollueurs repentis prenaient part à la communauté de Romanodestructormaispastrop. En tout cas, c'est ce qui était avancé par les équipes de la Romanastie. Bien sûr, quelques critiques retentissaient, mais ne trouvaient pas cette résonance qui ébranlerait la société toute entière. Le goularbre était-il un centre de lobotomisation, ou d'éducation ? Vu le secret gardé autour de cet endroit, il était difficile de connaître la réponse.

Tout ce système tenait grâce aux personnes comme Grainedale, une jardinière. Elle ne comptait plus ses années de service et malgré une vigueur qui semblait impérissable, le temps du passage de flambeau approchait. Bien sûr, elle avait quelques noms en tête, mais tous ces prétendants seraient-ils capables d'assumer son rude travail ? Rien n'était moins sûr. Lorsqu'elle travaillait, elle sentait le Soleil réchauffer sa peau aux aurores et profitait de ses dernières lueurs au soir, c'était un travail dur mais tellement gratifiant. C'était tout ce qu'il lui restait, autre que les souvenirs avec ses proches, tous partis vers d'autres communautés, du moins elle l'espérait.  Grainedale, elle ne pouvait pas partir, elle devait continuer à travailler. Elle avait un don, elle pouvait cracher des graines ! Très peu avaient encore cette compétence, héritée des anciens cracheurs de feu. Après avoir mis les graines dans sa bouche, elle les recrachait à une vitesse si grande qu'ils se plantaient exactement à la bonne profondeur. De plus, cette même puissance lui permettait de les planter à de distances supérieur à 10 romanometres. Cependant, il lui fallait suivre un régime très strict, afin que sa salive fonctionne comme de l'engrais mais ce régime avait une contrepartie, au fur et à mesure des années, sa peau avait commencé à se couvrir d'écorce.

Le monde de graindale est communautaire, les maisons sont partagées pour économiser de l'espace et des appareils, les maisons individuelles n'existent plus. Demandez à un Romanien ce que c'est, il n'en saura rien. Les habitarbres ont de grandes cuisines partagées à l'intérieur d'immeubles de 5 étages entourés de verdures : ce sont les jardins suspendus, cette technique a été développée il y a des années, tout est très réfléchi. Ces jardins font de l'ombre en été et sont aménagés pour laisser passer la lumière l'hiver.  La ville flotte autour de ces jardins qui sont le coeur de leur activité.

Cependant, il existe une face cachée de cette belle ville. On parle du goularbre, un lieu dont le nom fait peur aux habitants, une ferme aux abords de la ville dont personne n'est jamais revenu. Un lieu où le travail des champs est maitre, où les animaux et les arbres sont maitres, où la nature est maitresse finalement. Le travail y est dur et personne ne peut en sortir. Personne ne sait exactement ce qu'il s'y passe. C'est la sanction ultime en cas de crime contre la société : être envoyé au goularbre.

Grainedale, elle, vivait dans sa maison communautaire et s'occupait de son jardin grâce à ses pouvoirs, elle commençait à fatiguer avec l'âge mais elle ne pouvait pas s'arrêter. Elle continuait à travailler sans relâche, quand par une nuit froide et sans lune son instinct s'immisça dans ses rêves et la réveilla en sursaut, une horrible migraine lui entourant le crâne. Elle descendit à la cuisine pour faire infuser une herbe médicinale spéciale, plantée elle même il y a des années de cela grâce à ses capacités de cracheuses de graines. Encore une de ses prouesses, même si Romanodestructormaispastrop n'avait jamais eu une once de sympathie envers elle, elle, qui avait pourtant tant donné à la ville.

Se relaxant en sirotant sa tilleulograine, elle entendit un bruit sourd parvenir du jardin. Elle sortit en courant pour protéger ses plantations ! Arrivée sur place, elle découvrit avec horreur que tout son travail était perdu, elle avait oublié d'éteindre les robinets d'engrais naturo-chimique hier soir, ça avait coulé toute la nuit, asphyxiant ses plantations... Or sous le régime romanastien actuel, perdre son jardin était un crime de haut nom. En effet, chaque habitant devait participer à la plantation et aux récoltes, chaque homme et chaque femme se devait être à 100% impliqué et en symbiose avec la nature et la vie.

Pire encore, Grainedale avait ce don, ce don qui la rendait si importante dans cette société et qui donc ne lui laissait aucun droit à l'erreur. Les Racleurs n'allaient pas tarder à arriver, c'était les policiers du système, ils sentaient chaque problème et appliquaient les sentences. Une erreur comme celle-ci ne passerait pas inaperçue ! Elle serait envoyée au goularbre ! Et ce, dès ce soir ! Etait-il temps de fuir, allait-on lui laisser une seconde chance ? Tant de questions se bousculaient dans sa tête. Peut-être lui fallait-il s'aventurer hors des murs de sa ville, mais pour trouver quoi ? La mort, la folie et l'arrogance passée des hommes ? Et si Romania était le dernier bastion de l'humanité ? Son départ pourrait signifier la fin de son espèce !

Le goularbre était le camp de travail forcé des habitants de Romania, en cas de crime vous étiez forcés d'aller y travailler plus de 10 ans ! Le travail dans les champs et les élevages y étaient de mise. Cela faisait des années que le chef Romanodestructor cherchait un prétexte pour y envoyer Grainedale. Son don serait si utile là bas ! Voilà que son vœu allait être exaucé. Graindale entendait déjà les racleurs arriver. Évidemment que pour une affaire de ce type avec une personne aussi indispensable, Romanodestructormaispastrop n'allait pas patienter une seule seconde !

Une heure plus tard, la voici dans la tyrolierre l'emmenant vers son funeste destin : le goularbre.

Arrivée dans le camp de travail, Grainedale vit l'horreur. Devant elle, les milliers d'habitants de Romania étaient au sol en train de planter des graines ou en train de ramasser des branches mortes. Ce travail forcé et les corps usés lui firent peur. Le merveilleux paysage naturel du goularbre ne suffisait pas à lui faire oublier sa peur. Elle allait devenir un esclave dans la Romanastie.Tous les jours, les racleurs lui faisaient cracher des graines afin d'étendre le territoire de la romanastie, encerclé par des terres désolées, où seuls des imprudents oseraient s'aventurer. Mais était- ce suffisant ? Elle s'acharnait à faire repousser ce désert sans fin, à la sueur de sa raie des fesses mais que rien ne bougeait vraiment ! L'homme avait détruit toute la nature qui lui restait avant l'arrivée de la Romanastie ! Grainedale commençait à voir sa volonté s'amenuiser. De plus, il fallait suivre un régime très strict, afin que sa salive fonctionne comme de l'engrais et sa peau avait commencée à se couvrir d'écorce.

Face à cette oppression, Graindale trouva la force de réfléchir sur le monde actuel. Bon, "réfléchir" est peut-être un grand mot : elle s'accorda deux minutes, pas plus, pour méditer sur le monde qui l'entourait. Parce que, soyons honnêtes, qui a vraiment le temps de philosopher quand on est entouré d'arbres qui exigent des soins constants ? Elle comprit alors pourquoi elle ne se sentait pas à son aise dans ce monde centré sur le travail bucolique. Effectivement, en contemplant la nature face à elle et en observant le travail acharné des hommes pour redonner sa juste place à la nature, elle comprit que le travail forcé des hommes était peut-être un mal nécessaire. Soudain, une présence interrompit sa méditation. Sous le choc, elle cria et déversa de nouvelles graines sur le sol du goularbre. Un petit enfant portant le nom de Plantus commença à lui parler, il lui expliqua son admiration face à la beauté du paysage naturel présent sous ses yeux. Il complimenta la capacité de notre héroïne à cracher des graines, il était impressionné par son talent et en était jaloux car il voulait aussi pouvoir planter de manière aussi efficace. Sous les compliments, Graindale verdit et comprit l'importance qu'elle pouvait avoir dans ce monde. La Romanastie est certes un monde de labeur mais bénéfique pour la nature, l'objectif est seulement de lui redonner sa place dominante, un but louable selon Graindale. Alors, elle oublia ses envies de sortir du goularbre et décida de cracher encore plus de graines pour être encore plus efficace dans son travail. Finalement, grâce à sa décision, Romania devint encore plus verdoyante et cela très rapidement.

Néanmoins, sous ses efforts, Graindale s'était épuisée, il était temps de passer le flambeau. Alors elle décida d'apprendre aux enfants dont Plantus comment cracher des graines : elle leur expliqua comment elle avait gobé des graines - en pensant que c'était des bonbons - étant petite. Elle avait tellement aimé les graines, qu'elle avait continué puis elle a acquis cette capacité. Ce malentendu gastronomique avait éveillé en elle une passion pour la botanique... à sa manière. Depuis, elle n’avait jamais cessé de perfectionner cette technique, si bien qu'elle était devenue une championne invétérée de la plantation buccale.

Ainsi, grâce à ses précieuses leçons, le savoir de Graindale fut transmis à la nouvelle génération de planteurs. Satisfaite de son héritage, elle put s'éteindre en paix, laissant derrière elle un monde plus vert et des enfants prêts à prendre la relève... à coups de crachats bien ciblés.

Histoire imaginée de toute pièce par les grands esprits que sont Izia, Lucas, Pauline, Romane et Sarah.

Remerciement :

Merci à tous nos fans qui nous ont soutenus à travers tout notre projet, nous n'aurions jamais réussi sans eux. Chaque jour, depuis la publication de notre livre nous pleurons de joie tous ensemble dans notre cuisine partagée créée sur le modèle des habitarbres. Un grand merci aussi à notre professeur qui a été là à chaque étape, mais, qui ne touchera malheureusement pas un centime de la vente de notre chef d'oeuvre.

#Faisonsvibrerlamondegraceàlalittérature#Grainedale4ever

Grainedale song